Gratuité des soins de santé au Niger : une expérience réussie mais menacée faute de financements

Photo : Bieke Depoorter / Magnum Photos
12/12/2013

Aujourd'hui, au Niger, 90% des femmes bénéficient de consultations prénatales. Il y a quelques années, elles n'étaient que 38%. Ce qui a changé ? En 2006, le pays a mis en place une politique de gratuité des soins pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans (qui sont désormais 90% à accéder à des services de santé, contre 34% auparavant).
Pourtant, malgré ces avancées spectaculaires, la gratuité des soins est menacée.

Pourquoi ? D'abord parce que l'Etat se révèle mauvais payeur auprès des services de santé qui pratiquent gratuitement les soins : il doit près de 22 milliards de francs CFA (soit 33,5 millions d'euros), selon le ministère de la santé publique de la république du Niger. Plus largement, parce que l'Etat n'alloue pas suffisamment d'argent à cette politique.

Une résolution mise à mal

Et ce, au moment où un consensus international se dégage en faveur de la couverture sanitaire universelle (CSU). Il y a un an, les Etats membres de l'ONU adoptaient une résolution majeure sur la couverture santé universelle, soulignant "l'importance que revêt la mise en place de systèmes de santé nationaux qui assurent une couverture universelle, en particulier par des mécanismes de santé primaire et de protection sociale" et invitant chaque Etat à faire "en sorte que [le] coût [des soins] n'entraîne pas de difficultés financières pour les usagers, en particulier les pauvres, les personnes vulnérables et les couches marginalisées de la population".

Des financements à portée de volonté

Pourtant, il est possible de mobiliser des ressources supplémentaires pour faire face à la demande croissante de la population et tendre vers la couverture santé universelle. Comment ? A l'aide de la fiscalité. Le Niger pourrait davantage tirer profit de ses ressources domestiques. Alors que le contrat d'exploitation d'uranium entre l'Etat du Niger et la société française AREVA est en renégociation, ce sujet est particulièrement d'actualité.

En l'absence de ressources domestiques suffisantes, il est crucial de maintenir et accroitre l'aide publique au développement en faveur de la suppression des barrières financières aux soins de santé.

La France a son rôle à jouer : elle doit d'une part, en tant qu'actionnaire majoritaire d'AREVA, garantir que les négociations pour l'exploitation des mines du Niger se passent en toute transparence, sans pression afin que le Niger obtienne un juste prix de ses richesses. D'autre part, elle peut appuyer le Niger plus fortement via son aide au développement

La santé du Niger en jeu

La nécessité de prendre des mesures concrètes se justifie par la gravité de la situation sanitaire au Niger ; car en dépit des efforts et des avancées enregistrés ces dernières années, les indicateurs demeurent alarmants : 50% des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition chronique et un enfant sur sept meurt avant son cinquième anniversaire. Il est urgent de pérenniser financièrement la politique de gratuité des soins, pour que les acquis de la gratuité des soins au Niger ne soient pas remis en cause.

Vous pouvez agir !

Joignez-vous aux milliers de personnes qui demandent à François Hollande de montrer l’exemple en s’assurant que les principes de solidarité et d’équité demeurent la base du système français et qu’ils le deviennent au niveau international. La France peut aussi soutenir les Etats qui s’engagent dans des politiques d’accès gratuit aux soins et de réformes fiscales.

Infos complementaires: 

Article écrit à quatre mains par Ibrahim Diori, de l’association nigérienne Alternative Espaces Citoyens et Charlotte Soulary d’Oxfam France.