Une action forte, seule option pour relever le défi climatique

Les événements climatiques extrêmes sont déjà à l'origine, dans les pays du Sud, d'une aggravation de la pauvreté, d'une accentuation des déplacements et d'une plus grande insécurité alimentaire. Mais des solutions existent
09/10/2018

Que faire le « jour d’après » ? C’est en quelque sorte la question que soulève en filigrane le rapport spécial que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution pour le climat (Giec) vient de publier.

Et la réponse semble évidente : agir au plus vite car les conséquences des changements climatiques ne sont plus une menace future, mais bien une réalité.

Commandé en décembre 2015 par les Etats signataires de l’Accord de Paris, ce rapport a pour but d’éclairer les décideurs politiques de 197 Etats sur les impacts d’une élévation globale des températures à 1,5 °C, et sur les trajectoires d’émissions associées.

Jusqu’à présent, le GIEC (1) s’était surtout penché sur les conséquences d’un réchauffement global de + 3°C d’ici 2100, voire davantage.

Pour la première fois, il s’est penché sur les conséquences désastreuses que nous éviterions en stabilisant l’élévation de la température à 1,5 °C plutôt qu’à 2 °C (par rapport aux niveaux pré-industriels).

Et ce demi-degré d’écart fait précisément toute la différence.

Des incidences déjà manifestes de l’augmentation actuelle de la température

Les effets des changements climatiques ne sont pas une lointaine chimère.

Ils sont à notre porte, et déjà insoutenables pour des millions de personnes.

Les populations les plus vulnérables sont malheureusement les premières victimes des changements climatiques. Au niveau mondial, on estime que 50 % des individus les plus pauvres ne sont responsables que de 10 % des émissions de gaz à effet de serre. Une donnée qui vient s’ajouter aux projections inquiétantes de l’évolution de l’extrême pauvreté, qui pourrait toucher 100 millions de personnes supplémentaires d’ici 2030 à cause du changement climatique (2).

Par ailleurs, l’augmentation d’1,1°C que nous constatons déjà créée d’importants déplacements de population. Inondations, sécheresses, tempêtes obligent en effet les communautés locales – souvent dépendantes des ressources naturelles – à changer régulièrement de lieu de vie pour maintenir leurs moyens de subsistance, tels que l’agriculture ou la pêche. Ce qui explique que les habitants des pays pauvres aient cinq fois plus de risques d’être déplacés à cause de catastrophes climatiques extrêmes et soudaines, que ceux des pays riches (3). Et ces mêmes populations seraient simultanément les plus vulnérables aux conflits (4).

La sécurité alimentaire est, elle aussi, déjà mise à mal. Les changements climatiques sont l’une des premières causes de la progression de la faim dans le monde depuis trois ans, alors qu’elle reculait depuis près de 10 ans (5). En effet, les évènements climatiques extrêmes causent des dégâts sur les récoltes et dans les cheptels, entraînant une diminution de la production, une augmentation des prix et des pénuries alimentaires. Les moyens de subsistance des populations sont donc fortement menacés.

Enfin, plus exposées à la marginalisation et à la pauvreté (6), les femmes sont aussi plus vulnérables aux changements climatiques : elles sont moins mobiles de leur domicile, ont un accès limité aux informations, et, en périodes de rationnement, elles se voient souvent attribuer des portions plus légères.

Dans le même temps, le lien étroit des femmes avec l’environnement et leur rôle dans la gestion des ressources naturelles et des terres en fait des agents du changement dont les connaissances et les compétences peuvent renforcer la résilience au changement climatique et aux désastres.

Tenir fermement le cap de l’élévation des températures sous la barre de 1,5 °C

Pour les 86 auteurs du rapport du GIEC, il ne fait plus débat que les changements climatiques sont en cours.

Et aujourd’hui, il ne fait plus aucun doute non plus que l’élévation des températures d’un demi-degré aurait des conséquences dramatiques.

Si les eaux montaient de 10 centimètres, 10 millions de personnes de plus seraient menacées et l’existence même de certains territoires – comme Kiribati, Tuvalu ou les îles Marshall – remise en question.

Un demi-degré de plus aurait également des incidences sur les rendements des denrées de base comme le maïs, le blé ou le riz notamment en Afrique subsaharienne, en Asie du Sud-Est ou en Amérique centrale et du Sud. Et nous assisterions, en outre, à une tension sur la disponibilité de certaines ressources alimentaires en Europe centrale, en Amazonie ou dans le Sahel.

S’il parait minime, le déplacement du curseur vers les 2 °C est donc significatif et il est donc impératif que les Etats s’engagent à maintenir le réchauffement global en deçà de 1,5°C.

Pas de déficit de solutions, mais un déficit de volonté pour lutter contre le changement climatique

Si la situation est grave, elle n’est pas pour autant désespérée.

Des solutions techniques et technologiques existent. Charge ensuite aux décideurs politiques et aux acteurs économiques d’intervenir vigoureusement et sans délai. 

Pour Oxfam France, l’heure est à l’action. « Chaque jour qui passe où nous n’agissons pas de façon radicale, nous nous trompons et engageons lourdement notre responsabilité. On ne deale pas avec la planète » martèle Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France.

Le budget national de la France, pilier de sa politique climatique, doit ainsi être aligné avec les engagements pris dans l’Accord de Paris.

Oxfam demande notamment à ce que la France prenne ses responsabilités, au nom de la solidarité internationale. Plus précisément, elle attend du gouvernement français qu’il augmente ses financements climat sous forme de dons, et prenne des dispositions de façon à ce que la moitié d’entre eux soient consacrés à l’adaptation des pays les plus vulnérables.

Pour cela, la France doit profiter de la loi de finances qui sera bientôt examinée pour affecter 100 % des recettes de la taxe sur les transactions financières à la solidarité internationale et au climat, afin d’accompagner les pays du Sud dans leur action climatique.

Les Etats doivent travailler dès à présent sur la révision des engagements de 2015 et faire des annonces en ce sens lors de la COP 24 (Conférence des Parties), début décembre en Pologne. Et atteindre zéro émission nette de gaz à effet de serre d’ici 2050 et ainsi rester sous la barre fatidique de 1,5 °C de réchauffement global.

Infos complementaires: 

(1)Plus précisément, le GIEC a été créé en 1988, et placé sous la responsabilité de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et du Programme des Nations Unies pour l’environnement. Son mandat est d’évaluer de façon méthodique, claire et objective les informations d’ordre scientifique, technique et socio-économique afin de fournir un socle commun de connaissances sur les changements climatiques.

(2)https://openknowledge.worldbank.org/bitstream/handle/10986/22787/9781464806735.pdf

(3)Rapport Oxfam « Déracinés par le changement climatique », novembre 2017

(4)https://news.un.org/fr/story/2018/07/1018741

(5)Rapport de la FAO, septembre 2018

(6)https://www.oxfam.org/sites/www.oxfam.org/files/oxfam-femmes-face-au-changement-climatique.pdf