Changement climatique : les phénomènes extrêmes se multiplient, pourtant les financements destinés aux plus pauvres restent largement insuffisants

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Projet de résilience agricole en Ethiopie
03/05/2018

Alors que le changement climatique est déjà une réalité pour des millions de personnes, les financements pour l’adaptation sont une des réponses pour soutenir concrètement les pays les plus pauvres. Ces financements peuvent se traduire par la mise en place de programmes tels ceux que mènent Oxfam et ses partenaires locaux au Laos, en Ethiopie, au Myanmar, au Zimbabwe ou au Pérou, pour le renforcement de la résilience agricole par exemple.

Les financements : un enjeu pour la justice climatique

Alors que les négociations climatiques se tiennent à Bonn du 30 avril au 10 mai, Oxfam publie un état des lieux des financements climat.  Deux ans avant 2020 – date à laquelle les pays riches se sont engagés à mobiliser 100 milliards de dollars par an pour soutenir les pays en développement – il en ressort des tendances très préoccupantes pour les populations les plus pauvres dans le monde.

Dans le rapport « 2018 : Les vrais chiffres des financements climat », Oxfam montre que sur les 48 milliards de dollars que les pays riches ont déclaré avoir versés chaque année, seulement 16 à 21 milliards de dollars étaient spécifiquement alloués à l’action climatique. De nombreux pays surévaluent en effet les financements fournis en comptant l’ensemble des prêts – alors même qu’ils seront à terme remboursés par les pays en développement. Autre astuce comptable : considérer comme climatique un projet qui ne l’est qu’en partie – par exemple la construction d’une école avec des panneaux solaires sur son toit. Cela fausse grandement le montant de l’aide réellement perçue par les pays pauvres.

L’analyse d’Oxfam révèle également que la part des financements alloués à l’adaptation au changement climatique (20%) et aux pays les plus pauvres (18%) stagne par rapport aux chiffres de 2013-2014 qui avaient donné lieu à un premier rapport d’Oxfam en 2016. Le fossé reste vertigineux entre les ressources dont disposent les pays en développement pour s’adapter au changement climatique et les risques croissants auxquels ils sont confrontés (ouragans, sécheresses, inondations etc.).

Lors du prochain sommet des Nations Unies sur le climat (COP24), qui se tiendra en Pologne en décembre, les gouvernements devront adopter de nouvelles règles de comptabilisation des financements climat dans le cadre de l’Accord de Paris. C’est une occasion à ne pas rater pour fixer des règles équitables et rigoureuses.

Enfin, le rapport est peu flatteur pour la France : alors que le président de la République Emmanuel Macron se pose en chef de file de la lutte contre le changement climatique sur la scène internationale, les chiffres révèlent une tout autre réalité. La France ne verse que 7% de ses financements sous forme de dons (contre 36% pour l’Allemagne et 92% pour le Royaume-Uni) ce qui explique en partie la faible part allouée à l’adaptation (seulement 17%) et aux pays les plus pauvres (14%). Emmanuel Macron doit donc rectifier le tir rapidement, notamment lors du vote du prochain budget de la France à l’automne. Ses propos volontaires doivent maintenant être suivis des faits car les annonces faites lors du One Planet Summit en décembre 2017 restent insuffisantes.