Climat : la planète gronde, les inégalités s’accentuent

29/08/2018

Il faut malheureusement que les chiffres s’égrènent et que les images se succèdent pour prendre conscience des conséquences dramatiques du changement climatique, engendré notamment par des émissions de gaz à effet de serre qui qui continuent à augmenter par manque d’ambition politique suffisante.Toute la planète en fait les frais.

Il y a quelques jours à peine, en raison de pluies torrentielles et continues entrainant le débordement d’une trentaine de barrages (1), l’Etat indien du Kérala devait composer avec plus de 445 personnes décédées, des milliers de familles déplacées et des cultures dévastées. Au milieu de l’été, ce sont les températures caniculaires prolongées qui ont entrainé décès et incendies, notamment au Japon, au Canada, en Californie et en Grèce. L’an dernier à la même période, les Caraïbes et le sud-est des États-Unis ont connu une saison des ouragans absolument dévastatrice. Et de violentes inondations de mousson touchaient environ 43 millions de personnes au Bangladesh, au Népal et en Inde, causant la mort de 1 200 personnes et jetant sur les routes des millions d’individus.

Quant à la région sahélienne d’Afrique centrale et de l’Ouest, elle est frappée par une grave crise alimentaire pour la 4e fois en 10 ans, en partie dûe à des épisodes récurrents de sécheresse et d’inondation, mêlés à un contexte de pauvreté, d’insécurité, de négligence des petits fermiers et pastoralistes. Face à ces dysfonctionnements, tous les pays ne sont donc pas sur un pied d’égalité.

Phénomènes aux conséquences inégales

Le changement climatique est responsable de dysfonctionnements importants. Parmi les plus immédiats, les tempêtes qui se multiplient et redoublent d’intensité, fragilisant les habitats, ou encore les sécheresses plus longues et marquées avec des incidences sans égal sur les récoltes. D’autres phénomènes à évolution plus lente sont aussi perceptibles : la montée des eaux (2), la désertification, l’érosion progressive des côtes et des ressources, la disparition de certaines espèces, etc. Avec pour corollaires une atteinte aux droits fondamentaux et une plus grande probabilité aux déplacements contraints des populations.

L’aggravation des effets du changement climatique dans trois régions du monde densément peuplées pourrait pousser plus de 140 millions de personnes à migrer à l’intérieur de leur propre pays d’ici 2050 (3). En détail, selon une analyse d’Oxfam, entre 2008 et 2016, les populations des pays à faible revenu et des pays à revenu intermédiaire faible ont été cinq fois plus susceptibles d’être déplacées à cause de catastrophes climatiques et soudaines que les habitants à revenu élevé (4).

Dans cette configuration, ce sont finalement les personnes les moins responsables du changement climatique qui en sont les premières victimes (5), alors même qu’elles ont les ressources les plus faibles pour faire face à ces réalités. L'incidence et l'impact disproportionnés des déplacements climatiques sont au cœur du cercle vicieux des inégalités : ils en sont une conséquence et viennent les renforcer.

Parmi les populations les plus vulnérables, les femmes. Celles-ci sont en charge de tâches que le changement climatique rend encore plus difficiles, comme l’approvisionnement en eau et en denrées alimentaires. Par ailleurs, les enfants et les jeunes sont vulnérables dans de telles situations de tension, tout comme les séniors et personnes en situation de handicap, souvent négligés lors des déplacements (6). Il en va de même pour les travailleurs émigrés qui, souvent contraints de fuir un conflit dans leur pays d’origine, se retrouvent à travailler dans des zones exposées aux aléas climatiques dans lesquelles ils vivent dans des constructions sommaires (7).

Attentes envers les pays du Nord

Face à ces dérèglements, des solutions existent :

·        L’une des priorités doit être de réduire, de façon plus rapide les émissions de gaz à effet de serre, en appelant les Etats – a minima développés – à relever leur ambition climatique d’ici 2020 dans le cadre de l’Accord de Paris, afin de limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C. Un engagement fragile, quand on voit la frilosité de certains pays à enclencher une véritable politique climatique (8).

·        Dans le même temps, les communautés doivent être bénéficiaires de 50 % des financements aux moins pour renforcer leur adaptation aux impacts du changement climatique, qu’il est désormais impossible de stopper.

·        Les pays développés, en particulier, doivent rapidement amplifier la transition vers une économie bas carbone et augmenter les volumes et l’accessibilité du soutien pour permettre aux pays en développement d’évoluer vers un avenir avec 100 % d’énergies renouvelables.

·        Lors de la conférence sur le climat organisée par les Nations unies en 2018 (COP24), les États doivent renouveler leur engagement à atteindre les objectifs de l'Accord de Paris et renforcer considérablement l'action et la coopération internationales.

·        Tout en reconnaissant que toutes les mesures possibles doivent être mises en œuvre pour éviter le déplacement, il est également nécessaire de soutenir les stratégies garantissant que celles et ceux qui seront contraints de quitter leur foyer à l'avenir pourront le faire en toute sécurité et dans la dignité. Deux nouveaux pactes mondiaux (l'un pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, l'autre sur les réfugiés) sont en cours de discussion, et devraient être validés en décembre prochain à Marrakech.

Le climat sera à l'agenda politique cette rentrée avec des temps de mobilisation de la société civile, de la communauté scientifique et des Etats. Oxfam milite pour des actions à la mesure du problème global. Oxfam y prendra part et continuera à faire pression sur les responsables politiques et en premier lieu, Emmanuel Macron pour qu'il transforme sa posture pro-active en actes concrets.

Infos complementaires: 

(1)    https://www.oxfam.org/en/pressroom/pressreleases/2018-08-18/oxfam-response-kerala-floods

(2)    Selon une estimation, à long terme, la montée du niveau des mers résultant d'un réchauffement de 2 °C pourrait entraîner la submersion de terres où vivent actuellement 280 millions de personnes.  

Carbon, Climate and Rising Seas – Our Global Legacy (Benjamin Strauss, Scott Kulp, Anders Levermann, Climate Central, 2015) http://sealevel.climatecentral.org/uploads/research/Global-Mapping-Choices-Report.pdf

(3)    file:///C:/Users/ncoudurier/Downloads/GroundswellOVfr%20(1).pdf

(4)    Déracinés par le changement climatique, novembre 2017 : http://www.oxfamfrance.org/sites/default/files/file_attachments/bp-uprooted-climate-change-displacement-021117-fr.pdf

(5)    Les 10% les plus riches étant responsables d’environ la moitié des émissions de CO2 mondialesSource : rapport « Inégalités extrêmes et émissions de CO2 »

http://www.oxfamfrance.org/communique-presse/changement-climatique/10-plus-riches-planete-generent-50-des-emissions-co2

(6)    No place to call home: Protecting Children's Rights when the Changing Climate Forces them to Flee (UNICEF, 2017) https://www.unicef.org.uk/wp-content/uploads/2017/04/No-Place-To-Call-Home.pdf

(7)    UNHCR, The Environment and Climate Change (UNHCR, 2015) http://www.unhcr.org/540854f49.pdf

(8)    L’Australie vient de renoncer à une véritable politique climatique, en refusant de fixer dans son plan énergie des objectifs de réduction des émissions de GES. Malgré ce retournement, l’Australie assure qu’elle respectera l’accord de Paris adopté en 2015, qui vise à limiter le réchauffement planétaire à 2 °C par rapport à la période préindustrielle. “Mais elle remet à plus tard le vote sur les objectifs de réduction de 26 % [des émissions de gaz à effet de serre] dans le cadre du plan énergie, en tablant sur le fait que ce résultat pourrait être atteint d’ici à 2030 sans qu’une législation contraignante soit nécessaire”.