Sortir de la pauvreté grâce aux énergies renouvelables

Paulina Sibanda, devant sa maison au Zimbabwe, dans la région de Zvichevane.
Paulina Sibanda, devant sa maison au Zimbabwe, dans la région de Zvichevane.
21/11/2017

Le rapport publié par Oxfam France « Des énergies renouvelables pour lutter contre la pauvreté » révèle le décalage entre la pauvreté énergétique qui touche les pays en développement et le potentiel énorme de ces pays en termes d’énergies renouvelables.

Alors que plus d’un milliard de personnes dans le monde souffre d’un manque d’accès à l’énergie, cette problématique touche encore plus fortement l’Afrique subsaharienne qui est la région du monde la moins bien raccordée à l’électricité : deux tiers de ses habitants n’y ont pas accès. Cela alors que le potentiel lié aux énergies renouvelables y est sous-exploité : les énergies renouvelables représentent un levier pour sortir de la pauvreté et lutter contre le changement climatique. Elles devraient être soutenues par des acteurs publics que sont l’Agence française de développement et sa filiale Proparco.

La pauvreté énergétique, une injustice qui persiste au XXIème siècle

Le manque d’accès à l’électricité est un frein au développement et enferme des milliards de personnes dans la pauvreté. Plus d’un milliard de personnes dans le monde n’a pas accès à l’électricité, les zones rurales d’Afrique subsaharienne étant principalement touchées. 750 millions de personnes cuisinent à l’aide de combustibles polluants dont les effets néfastes tuent 600 000 personnes chaque année.

Cette pauvreté énergétique touche aussi l’accès aux services de base (école, santé), pour lesquels l’absence d’énergie a des conséquences dramatiques. Sans électricité, il est impossible d’étudier dans de bonnes conditions lorsqu’il fait nuit ou encore d’utiliser des ordinateurs, ou simplement de s’éclairer correctement.

Le faible accès à l’électricité a aussi des impacts sur l’accès aux services de santé : en Afrique subsaharienne, 34 % des hôpitaux ne sont pas rattachés à une source d’énergie fiable et un quart des centres de santé de onze pays d’Afrique subsaharienne n’ont pas accès à l’électricité, ce qui ne permet pas le stockage réfrigéré de vaccins, de médicaments, et empêche d’opérer de nuit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Outre les personnes, la pauvreté énergétique touche aussi les entreprises et l’économie nationale des pays : chaque année, les gouvernements africains dépensent 11 milliards de dollars pour couvrir les pertes de leurs entreprises nationales et dépensent 10 milliards de dollars pour importer des énergies fossiles, accroissant leur dépendance énergétique et la facture énergétique globale : moins accessible, l’électricité dans ces pays est aussi plus chère.

A titre individuel, le temps travaillé pour payer la consommation électrique annuelle est ainsi trois fois plus importante en Afrique subsaharienne qu’aux Etats-Unis.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lutter contre la pauvreté énergétique en développant l'accès aux énergies renouvelables

Les Objectifs de Développement Durable de l’ONU visent à lutter contre l’extrême pauvreté et l’un d’eux mentionne spécifiquement que pour ce faire, il est indispensable de « garantir l’accès de tous à des services énergétiques fiables, durables et modernes, à un coût abordable ». Pour cela, la mobilisation de ressources pour augmenter  cet accès à l’énergie pour tous est une priorité.

En effet, sans investissements supplémentaires, il faudra attendre 2080 pour que tous les habitants des pays d’Afrique, et notamment d’Afrique subsaharienne, aient un accès à l’électricité et 2150 pour un accès à des appareils de cuisson salubres. Cela alors que ce continent possède un potentiel considérable en énergies renouvelables.

A titre d’exemple, 90 % de l’électricité de l’Afrique du Sud est aujourd’hui produite à base de charbon et 2,5 à 3,4 millions de foyers n’ont toujours pas accès à l’électricité (soit entre 4,5 et 6 % de la population). Au Nigeria, 50 % de la population soit 93 millions de personnes n’ont pas accès à l’électricité, bien que le pays soit le premier producteur de pétrole en Afrique, une énergie qu’il destine principalement  à l’exportation. Les énergies fossiles produites dans ces pays mettent leurs habitants dans une impasse climatique du fait du modèle obsolète qu’elles sous-tendent, sans répondre au problème d’accès à l’électricité.

Au contraire, les énergies renouvelables représentent une solution pour lutter contre l’extrême pauvreté, favoriser un meilleur accès à l’électricité et lutter contre le changement climatique.

Le rôle de l’Agence française de développement (AFD) dans le déploiement des énergies renouvelables dans les pays pauvres

Dans son rapport, Oxfam France illustre l’énorme potentiel des énergies renouvelables à travers des projets porteurs d’espoir. L’un d’eux, une installation de panneaux solaires, a ainsi permis d’améliorer le quotidien de 19 000 habitants au Zimbabwe. La France a un rôle clef à jouer pour développer ce potentiel et contribuer au financement de la transition énergétique dans les pays du Sud, et peut manifester son ambition à travers l’AFD, son agence pour le développement. Or, en 2016, la quasi-totalité des 4 milliards d’euros consacrés au secteur de l’énergie par le groupe AFD était effectuée sous forme de prêts à des projets qui ne profitent pas aux plus démunis tandis que 8 % des financements énergie du groupe AFD sont encore destinés à des projets d’énergies fossiles,

L’AFD a également tendance à financer des projets de grande échelle souvent centralisés, qui peuvent ne bénéficier qu’à un seul acteur comme une grande entreprise : elle doit s’affranchir de ces modèles si elle veut développer durablement l’accès à l’énergie dans les pays pauvres, et penser aussi au nombre de bénéficiaires, plutôt qu’exclusivement au nombre de mégawatts installés.

Si les choix d’investissement de l’AFD sont déterminants pour le climat et doivent s’inscrire dans l’accord de Paris, ils doivent aussi traduire l’ambition de la France, en termes de financements. Oxfam France demande ainsi à l’AFD, à travers son rapport, de mettre un terme à tout soutien financier à des projets d’énergie fossile ; de mieux cibler les populations les plus pauvres en soutenant des projets de taille plus limitée et d’investir davantage dans l’efficacité énergétique et le renforcement de capacités.

De par leur fonctionnement, les énergies renouvelables sont une solution pour l’accès à l’énergie dans les zones reculées pour les plus pauvres ; de nombreuses expérimentations sur le terrain montrent que la transition est en œuvre. L’Agence française de développement a un rôle à jouer pour la rendre opérationnelle et accessible au plus grand nombre.