La population de Diffa au Niger, doublement victime de Boko Haram et des mesures d’urgence

03/02/2017

Oxfam publie aujourd’hui une note d’information montrant les effets du conflit sur les moyens de subsistance des populations dans la région de Diffa au Niger. Elle montre que la population est doublement victime de Boko Haram et des mesures d’urgence décrétées par le gouvernement nigérien. Oxfam publie une série de recommandations à l’intention des gouvernements notamment, pour soutenir les marchés et protéger les populations de la région.

À Diffa, dans le sud-est du Niger, le gouvernement a décrété l’état d’urgence en février 2015 et l’a renouvelé en novembre 2016, imposant des restrictions à la liberté de mouvement des personnes et contraignant les populations à fuir leurs terres agricoles productives, les zones fluviales et le lac Tchad. Alors qu’environ 340 000 personnes sont touchées par le conflit entre Boko Haram et les forces militaires, et plongées dans une crise alimentaire grave, le gouvernement a fermé les marchés, interdit la pêche et restreint l'accès à la terre, aux engrais et au carburant nécessaires à la production du poivron rouge, qui avant la crise, était qualifié d’«or rouge» tant leur exportation générait de revenus pour le Niger. Désormais, le commerce transfrontalier entre le Niger et le Nigeria est presque à l'arrêt et les revenus des populations ont été réduits à un dixième de ce qu’ils étaient auparavant.

Pour Laura Garel, porte-parole d’Oxfam France : « Les mesures d'urgence ont un effet dévastateur pour les populations de Diffa comptant parmi les plus pauvres au monde. Les restrictions étranglent l’activité économique, exacerbent  la situation humanitaire et aggravent l’insécurité alimentaire et la malnutrition qui sévissent. Beaucoup de personnes prennent de grands risques pour continuer à pêcher, à cultiver et à faire du commerce afin que leur famille ne soit pas confrontée à la faim. Le nombre considérable de personnes ayant fui leurs foyers et qui sont déplacées et hébergées par des communautés elles-mêmes pauvres et démunies suscite une pression énorme sur des ressources déjà rares. Les civils paient un prix trop élevé pour ces mesures. Le gouvernement doit assouplir les mesures d'urgence pour éviter une crise d’insécurité alimentaire aigüe. »

Un sondage (1) réalisé par Oxfam a montré une diminution de 96 % du nombre de personnes obtenant un revenu de la production de poivrons rouges depuis le début du conflit. Celles qui continuent à travailler comme petits producteurs gagnent seulement 64 % des revenus qui étaient les leurs avant la crise. Les petits producteurs ont indiqué qu'ils n'avaient accès qu'à environ un cinquième des terres qu'ils possédaient ou sur lesquelles ils travaillaient dans certaines zones. Les pêcheurs qui gagnaient 1 515 dollars annuels avant la crise gagnent actuellement 420 dollars à l’année, ce qui représente une baisse de 72% de leurs revenus.

La majorité des pêcheurs ont dû mettre un terme à leur activité, même si certains continuent. Les pêcheurs interrogés par Oxfam tiraient en moyenne 89% de leur revenu total de leur activité piscicole. Ils expliquent leur départ par la crainte d'être tués par Boko Haram ou arrêtés, accusés de terrorisme et détenus par les militaires. Il en va de même pour les agriculteurs, en particulier ceux qui sont forcés de prendre part au commerce illégal ou de traverser la frontière nigériane pour acheter du carburant et des engrais. Les échanges de poissons et de poivrons rouges combinés contribuaient à hauteur de 48 millions de dollars à l'économie nigérienne avant le début du conflit Boko Haram.

Une Conférence internationale de donateurs pour la crise du Bassin du Lac Tchad se tiendra à Oslo le 24 février. Le gouvernement français a un rôle d’influence dans la région. Il doit saisir cette opportunité de répondre de manière conséquente aux besoins humanitaires d’urgence.

Oxfam réhabilite et construit des forages pour fournir de l'eau potable aux personnes qui ont fui leurs foyers et leurs communautés et distribue une aide alimentaire vitale aux familles gravement touchées par la crise.