Qu’est-ce que la famine et comment l’enrayer ?

28/07/2017

La famine fait malheureusement l’actualité. Peut-être vous demandez-vous donc ce que l’on entend par famine exactement et ce qu’il faut faire pour l’enrayer. 


Tabitha Nyawich Kong avec sa fille et quelques animaux faméliques à Nyal, au Soudan du Sud. Après avoir été chassée de chez elle par les combats, elle s’est d’abord réfugiée dans un vaste marais, puis à Nyal. « La plupart de nos bêtes sont mortes en route, explique-t-elle, précisant qu’elle fuit les combats pour la deuxième fois. Je pense que, cette fois-ci, je ne rentrerai pas tant que je n’aurai pas la certitude que tout va bien depuis suffisamment longtemps. »

Des millions de personnes risquent de mourir de faim au Soudan du Sud, au Nigeria, en Somalie et au Yémen. Des organisations comme Oxfam et l’ONU peinent cependant à trouver les fonds nécessaires pour faire face à la situation humanitaire catastrophique dans ces pays et parer à la famine.

Vous vous demandez ce qu’on entend par famine ? Voici ce qu’il faut savoir.

La famine n’est pas juste une pénurie alimentaire

Une famine se définit par une situation de pénurie alimentaire généralisée dans laquelle un ménage sur cinq « a un déficit complet en alimentation et/ou autres besoins de base et est clairement exposé à l’inanition, à la mort et au dénuement ». Plus de 30 % des personnes souffrent de « malnutrition aiguë » et deux sur 10 000 meurent de faim chaque jour.

Lorsque toutes ces conditions sont réunies, la situation atteint le niveau le plus grave sur une échelle établie par le « Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire » (IPC). Cet outil assure un suivi de la disponibilité de nourriture et permet aux gouvernements et aux organisations humanitaires d’anticiper et d’éviter que les populations ne se retrouvent confrontées à la famine, soit la phase 5 de la classification IPC. (Précisons en passant que les phases 2 à 4 ne sont pas non plus des situations enviables. Comme vous pouvez le voir sur ce graphique, en général, les populations arrivent au stade de la famine en n’ayant que peu, voire pas de ressources pour se nourrir.)

Les causes de la famine

Comment se fait-il donc que l’on observe actuellement des situations de famine ou de quasi-famine ?

- Au Nigeria, cela s’explique par le fait que le conflit entre Boko Haram et l’armée nigériane empêche toute production agricole depuis près de quatre ans dans certaines régions.

- De même, au Soudan du Sud et au Yémen, la guerre civile a déplacé les familles et interrompu l’approvisionnement alimentaire, et empêche l’accès à l’aide humanitaire. En Somalie, une longue et grave sécheresse a anéanti l’essentiel des cultures et du bétail, lesquels constituent les principales ressources de nombreuses familles.

- La situation en Somalie est aggravée par le changement climatique et les effets d’un conflit qui perdure et continue d’entraver l’acheminement de l’aide dans les zones les plus touchées.

Il n’y a aucune excuse à la famine : c’est purement et simplement un scandale politique. En général, une famine se produit en cas d’« effondrement catastrophique des capacités de l’État ou de sa volonté de faire ce que l’on sait [être] nécessaire pour éviter la famine », selon les termes du politologue Alex de Waal. Lorsqu’un État échoue à éviter ou à régler un conflit, et ne permet pas de prévenir les pénuries alimentaires, quelle qu’en soit la raison, il manque à ses devoirs envers sa population.

Si l’on attend que l’état de famine soit déclaré, c’est trop tard

Le conflit au Soudan du Sud a commencé en 2013. Il n’est donc pas étonnant que la famine y ait été déclarée dans l’État d’Unité au mois de février dernier et qu’il y reste difficile de survivre à des conditions proches de la famine. Le conflit au Nigeria dure depuis maintenant huit ans.

Cela fait quelque temps déjà que les organisations humanitaires comme Oxfam et les agences de l’ONU (dont le Système d’alerte précoce contre la famine) ne cessent de mettre en garde la communauté internationale contre la détérioration de la situation dans ces pays et qu’elles recherchent des fonds pour éviter la famine. Mais en l’absence de ressources financières, de règlement politique des conflits et de moyens pour aider les populations à faire face à la sécheresse, ce sont désormais 30 millions de personnes qui ne mangent pas à leur faim dans l’ensemble de ces quatre pays.

Nous (les gouvernements, l’ONU, les organisations humanitaires) savons ce qu’il faut faire, puisque le monde lutte efficacement contre la famine depuis plus d’un siècle. En 2011, plus de 250 000 Somalien-ne-s ont perdu la vie après que la communauté internationale a ignoré les avertissements répétés face à l’absence de pluie dans la région. Nous ne devrions pas attendre que la situation devienne désastreuse et que les gens, dont beaucoup d’enfants, souffrent et meurent de faim. Nous devons mener un travail de sensibilisation et mobiliser les soutiens des mois, voire des années avant. 

L’action d’Oxfam


Des femmes pompent de l’eau à un puits construit par Oxfam dans le comté de Panyijar, au Soudan du Sud. Au cours de l’année écoulée, Oxfam a approvisionné en eau 10 000 personnes touchées par la famine dans cette région.

·        Dans toute situation d’urgence humanitaire, il est essentiel de disposer d’eau potable pour boire, cuisiner et se laver, afin d’éviter les maladies mortelles transmises par l’eau, telles que le choléra. Mais tout problème gastrique causé par une eau insalubre ou une mauvaise hygiène empêche aussi de profiter des nutriments apportés par les denrées que l’on parvient à se procurer. Les enfants de moins de cinq ans sont particulièrement vulnérables. Oxfam aide à améliorer et à réparer les puits et achemine de l’eau potable par camion-citerne dans les zones où il n’y en a pas.

·        L’assainissement joue également un rôle primordial dans la prévention des maladies. Oxfam aide à construire des latrines et distribue des articles d’hygiène comme du savon pour que chacun puisse se laver les mains.

·        Même si de la nourriture est disponible sur les marchés, elle peut se révéler rare ou trop coûteuse pour certaines personnes. Dans ce cas, Oxfam distribue de l’argent, parfois en échange d’une participation à des travaux. Oxfam distribue également une aide alimentaire d’urgence, lorsque nécessaire.

·        Dans les zones où les agricultrices et agriculteurs peuvent planter, Oxfam contribue à fournir des semences, des outils et d’autres formes d’aide, afin de permettre aux personnes de produire leur propre nourriture. Nous soutenons également l’élevage en fournissant des services vétérinaires, des aliments pour animaux et, dans certains cas, des animaux pour aider les agricultrices et agriculteurs à reconstituer leurs troupeaux.

·        Oxfam collabore avec un réseau de partenaires locaux pour permettre d’améliorer et d’assurer les récoltes, créer des systèmes d’alerte précoce en matière de sécheresse, et aider à trouver d’autres façons de gagner de l’argent pour acheter de la nourriture en cas de mauvaise récolte. Pour la majeure partie de ses opérations dans le domaine de l’eau et de l’assainissement, Oxfam travaille en étroite collaboration avec des groupes locaux.

Pour en savoir plus sur nos interventions au Nigeria, au Yémen, au Soudan du Sud, consultez notre page sur les crises alimentaires.

Efforts de prévention

Cet été, Oxfam et les autres organisations humanitaires doivent trouver des financements de toute urgence. Même en situation habituelle, la plupart des familles agricoles de l’Afrique subsaharienne ont du mal à manger à leur faim pendant la période de végétation. C’est la saison des pluies, ce qui complique l’acheminement des vivres et de l’eau, car nombre de routes deviennent impraticables.

Dans les pays en conflit, nous faisons valoir la nécessité de mesures de protection de l’accès à l’aide humanitaire, ainsi que de solutions pour mettre fin aux violences qui affament tant de personnes.

Nous incitons également la communauté internationale à débloquer davantage de financements pour aider les populations à survivre à la crise actuelle et à développer les moyens de mieux résister à la prochaine.

Enfin, Oxfam appelle les gouvernements à investir dans des programmes qui aideront les communautés agricoles à améliorer leur productivité et à survivre par leurs propres moyens aux épisodes de sécheresse.

Infographie: de la sécurité alimentaire à la famine