De l’aide, oui ! Mais pas n’importe laquelle…

Charles et les autres élèves sont les bénéficiaires du programme de latrines scolaires déployé par Oxfam en Haïti. Oxfam a installé des  latrines dans cinq écoles à destination de 504 enfants. Photo : Vincent Tremeau/Oxfam
Charles et les autres élèves sont les bénéficiaires du programme de latrines scolaires déployé par Oxfam en Haïti. Oxfam a installé des latrines dans cinq écoles à destination de 504 enfants. Photo : Vincent Tremeau/Oxfam
15/09/2016

L'aide publique au développement (APD), a joué un rôle essentiel dans la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) adoptés aux Nations unies en 2000. Elle a permis à plus d’un milliard de personnes de sortir de l’extrême pauvreté [1], de sauver des millions de vies à travers le monde en s’attaquant aux défis des pandémies et de la mortalité infantile, de scolariser des millions d'enfants et d’aider des millions d'agriculteurs à adapter leurs pratiques face au changement rapide du climat.

Les Objectifs de développement durable (ODD), adoptés par les dirigeants du monde entier à l’ONU en septembre 2015 avec comme date butoir 2030, prennent la suite des OMD en allant au-delà des grands enjeux humanitaires. Leur mission : éradiquer – et non pas atténuer – la faim et l’extrême pauvreté et garantir un développement global. Leur méthode : s’attaquer à la fois aux causes et aux conséquences des problèmes, en ne laissant personne de côté.

Le rapport d’Oxfam « Le rôle de l’aide dans le monde post-2015 : redevabilité et appropriation », explique que pour répondre à cette nouvelle ambition, il est nécessaire d’adopter une approche différente de l’aide publique au développement.

Plus d’aide…

Les Nations unies estiment que pour atteindre les ODD, les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire auraient besoin de 167 milliards de dollars de financement public supplémentaire chaque année de la part des pays riches, en plus de leurs propres recettes fiscales et commerciales. Il est donc essentiel que les pays riches tiennent leur engagement historique d’allouer au moins 0,7 % de leur revenu national brut à l’APD en consacrant cette part à la solidarité internationale. Actuellement, parmi les bons élèves en Europe figure le Royaume-Uni ; la France quant à elle, n’alloue que 0,36 % de son RNB.

…mais aussi une aide plus efficace !

L’aide publique au développement n’est pourtant pas une fin en soi. Les Etats doivent être maîtres de leur politique de développement et l’aide doit permettre de renforcer le contrat social entre l’Etat et ses citoyens. La façon dont un État soutient et répond aux besoins et aux aspirations de ses citoyens, ainsi que l'engagement des citoyens et la façon dont ces derniers demandent des comptes à leur gouvernement, sont au cœur du développement. La rupture ou l'absence d'un tel contrat est souvent liée à une aggravation des inégalités et à des conditions sociales désastreuses.

Une aide qui viendrait renforcer le pouvoir citoyen, tout en encourageant les Etats à décider eux-mêmes de leur politique de développement est essentielle si l’on souhaite atteindre les ODD.

Aujourd’hui, de nombreux pays n’ont pas les ressources nécessaires pour répondre aux besoins de leurs citoyens dans divers domaines : services essentiels, lutte contre le changement climatique, réduction des inégalités ou encore création d’institutions publiques redevables et efficaces à long terme. L’aide permet à ces pays de combler ces manques et de renforcer leur capacité à décider eux-mêmes de leur politique de développement. Il est également important que l’aide aide les citoyens de ces pays à s’organiser et à exiger de leurs gouvernements qu’ils allouent des ressources de façon avisée et redevable.

De cette manière on s’assure que tous les citoyens, y compris les plus pauvres et marginalisés, atteignent les ODD.

Afin de garantir une aide au service de la lutte contre l’extrême pauvreté et qui permettrait de réaliser les ODD, les donateurs doivent l’investir de manière à donner plus de pouvoir et d’indépendance aux Etats sur la façon dont ils voient leur développement. La vision d'Oxfam concernant le rôle de l'aide à l'ère des ODD s'articule donc autour de quatre piliers principaux :

  • Une aide au service d’Etats maitres de leur politique de développement
  • Une aide qui permet aux pays d'atteindre les objectifs de développement exigés par leurs citoyens
  • Une aide qui encourage les citoyens à faire entendre leur voix
  • Une aide qui permet aux populations de sortir durablement de la pauvreté
Infos complementaires: 

Rapport Oxfam « Le rôle de l’aide dans le monde post-2015 : redevabilité et appropriation »

Document d'analyse Coordination Sud sur le projet de loi de finances 2017 : http://oxf.am/Z6Xh 

[1] Source Banque mondiale. PovcalNet. Récupéré depuis le site http://iresearch.worldbank.org/PovcalNet/