Journée mondiale de l’eau : l’eau est une ressource précieuse pour les villages isolés au Yémen.

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Témoignage de John Migele, chef d’équipe de Promotion de la Santé Publique à Amran.
22/03/2018

Comme tant d’autres régions au Yémen,  Amran jouit de paysages magnifiques.

Dans le district d’Al-Qafla, le village d’Alowbala est à plus de trois heures d’une route sinueuse à travers les montagnes.  Les maisons sont isolées, mais la venue de visiteurs est toujours bien accueillie. Les gens sont sympathiques et travaillent dur.  

De nombreux défis à relever

C’est dans ce cadre que j’ai rencontré une communauté rurale isolée où la diarrhée aigüe fait rage et donne un autre ton à la scène, une ambiance qui ne peut être ressentie par une personne passant simplement par là.

Oxfam est sur place pour sensibiliser la population sur la prévention de maladies comme le choléra. Un homme âgé nous parle des conditions de vie difficiles dans la communauté et des difficultés quotidiennes pour trouver de l’eau et satisfaire les besoins de base. L’extrême pauvreté, le manque d’écoles au village et le haut niveau d’illettrisme qui en découle, les occasionnels conflits internes dus à des différends sur la propriété de la terre et les rares ressources en eau sont pour lui directement liés auxproblèmes que rencontre la communauté. Il n’y a pas de dispensaire dans le village – le plus proche est à 25 kilomètres. Il ajoute : « Vous savez, nous n’avons pas de toilettes dans la plupart des maisons ici, il y a des rochers partout et c’est difficile d’avoir des toilettes dans la montagne. »

Nous découvrons que peu de personnes sont conscientes de l’importance d’avoir des toilettes et que la communauté pratique la défécation dans la nature. Un homme plus jeune nous fait part de sa frustration : « Nous n’avons pas d’eau de qualité ici. Quand il fait sec comme en ce moment, nous avons des puits ouverts que nous creusons nous-mêmes pour nous abreuver et donner à boire à notre bétail. On ne peut creuser des puits que dans la vallée et c’est ensuite un long chemin pour rentrer chez soi dans les montagnes ».

Un accès inégal

Nous apercevons un réservoir d’eau et nous demandons comment les camions citernes arrivent au village. A l’unisson, les villageois nous disent que c’est uniquement pour les plus riches de la communauté, qui appellent les camions citernes quand ils ont besoin d’irriguer leur plantation de qat – le qat est une plante qui demande beaucoup d’eau et dont les feuilles sont utilisées comme drogue douce et pour la boisson. Les personnes les plus riches de la communauté paient 15 dollars pour  chacun des trajets faits par les camions citernes. Les villageois nous font clairement comprendre que l’accès à l’eau potable est un luxe réservé aux plus fortunés. Un homme nous dit que les personnes travaillant sur les fermes des familles riches ont déjà dû supplier leurs employeurs pour avoir de l’eau potable.

Des histoires de famille

Au milieu de la conversation, une mère dont la famille a récemment été hospitalisée arrive avec ses six enfants. Alors qu’elle s’assoit avec les autres femmes de sa communauté, nous orientons la discussion sur le lavage de main avec du savon comme moyen crucial de prévenir ou de contrôler la diarrhée aigüe et le choléra. Un homme est choqué de voir la saleté de l’eau s’écoulant de ses mains : « Nous vivons avec les mains sales ! »

Dans le groupe des femmes, une autre mère de six enfants nous explique comment elle et ses enfants sont tombés malades et ont dû aller à l’hôpital : « Un matin, je suis allée dans la vallée pour prendre de l’eau à la source pour mes enfants, et après trois heures, à 16 heures exactement, après que mes enfants aient bu l’eau, ils ont commencé à avoir une diarrhée liquide aigüe et à vomir. D’abord ma fille, puis le reste de ma famille et moi-même. »  

Un lien fort

Alors que mon équipe et moi nous préparons à partir, un membre âgé de la communauté se lève et parle avec émotion au nom des personnes qui sont vulnérables mais n’ont pas pu participer aux sessions : « S’il vous plait, revenez nous voir pour parler à nos voisin-e-s qui n’ont pas pu venir aujourd’hui afin que leur soit délivré votre important message. Nous ne pourrons pas relayer cette information aussi bien que vous ».

Nous avons été touchés par le lien fort que nous avons si rapidement établi avec cette communauté. Un jeune adolescent a trouvé le courage de nous approcher, curieux de savoir comment traiter l’eau pour pouvoir la boire sans contracter de maladies.

Nous partons avec une meilleure compréhension des difficultés des villageois-e-s mais aussi avec une profonde admiration pour leur volonté d’apprendre de nouvelles compétences qui peuvent améliorer leur quotidien.