Crise alimentaire dans la Corne de l'Afrique

2011

Sophie McGrath / Oxfam

En 2011, la Corne de l’Afrique a subi une crise alimentaire majeure, qui a affecté jusqu’à 13 millions de personnes. La région a connu sa pire sécheresse en 60 ans, provoqué par un manque de pluie en 2010 et 2011. Une situation désastreuse, considérablement aggravée par un manque d’investissement, une pauvreté profonde et des conflits régionaux. En l’espace de quelques mois, des troupeaux entiers ont été décimés, les récoltes et les ressources vitales de milliers de familles ont été anéanties et des dizaines de milliers de personnes ont trouvé la mort.

Face à la gravité de la situation, Oxfam a lancé dès le mois de juillet 2011 l’appel à dons le plus important de toute son histoire.

Oxfam en action sur le terrain

En dépit d’un climat économique particulièrement tendu, en l’espace de quelques mois, Oxfam a récolté près de 118,8 millions de dollars en faveur de la Corne de l’Afrique, dont près d’un tiers de la part des particuliers. Déjà présentes en Somalie, en Ethiopie et au Kenya, les trois pays les plus touchés par la crise, les équipes d’Oxfam, en partenariat avec des acteurs locaux, ont pu aider près de 3 millions de personnes entre juillet 2011 et juillet 2012.

Distribution d’eau, d’argent, de nourriture, mais aussi de carburant pour pallier à l’urgence ; installations et programmes d’assainissement et d’hygiène dans les camps de réfugiés, notamment à Dadaab, au Kenya ; soutien aux agriculteurs-trices et éleveurs-ses… Les actions d’Oxfam sur le terrain étaient variées, pour répondre au mieux aux besoins des populations.

Avec toujours, la volonté de penser au-delà de l’urgence, en aidant les populations à mettre en place des sources d’eau potable durables, en développant des techniques permettant d’améliorer les rendements en économisant de l’eau ou encore en vaccinant les troupeaux. Autant d’actions qui contribuent à renforcer de façon durable ces communautés.

La situation aujourd'hui

Si la situation s’est améliorée en 2013, la région reste fragile et régulièrement en proie à des chocs climatiques (certaines zones souffrent d’un manque de pluie, d’autres ont été touchées  par une tempête tropicale en novembre 2013, qui a provoqué de fortes inondations). En Somalie, 870 000 personnes ont besoin d’une aide alimentaire et 2,3 millions sont en risque d’insécurité alimentaire. Plus de deux millions de Somalien-ne-s ont du quitter leur maison (dont un million ont fui dans les pays voisins).

Oxfam, présente dans le pays depuis plus de 40 ans, continue de venir en aide aux populations affectées et en particulier aux déplacés. Oxfam travaille sur les questions d’accès à l’eau, aux soins, à l’éducation, ainsi que sur l’hygiène et la prévention des maladies, la sécurité alimentaire avec pour but d’augmenter la résilience des populations.

Notre action ici

Vis-à-vis de la France

À la fin du mois de juillet 2011, alors que l’aide de la France dans la Corne de l’Afrique ne s’élevait qu’à 10 millions d’euros, Oxfam France a dénoncé avec vigueur cette (trop) faible contribution. Le message a porté puisque au début du mois d’août, le gouvernement nous a répondu directement en annonçant un triplement de son aide sur la zone (portée à 30 millions d’euros).

En direction de la communauté internationale

Oxfam a également été au premier plan pour attirer l’attention sur cette crise et pour accélérer la réponse de la communauté internationale. Nous avons contribué à lancer la Charte contre la faim, qui engage les pays signataires à prendre des décisions pour mettre fin aux phénomènes de famine et de crises alimentaires résultant de sécheresse, de prix alimentaires élevés et de conflits. Aux côtés de la FAO et du PAM, nous avons lancé un appel pour que la communauté internationale déploie tous les moyens politiques, et financiers nécessaires pour affronter cette crise.

Près de 6 mois après le début de la famine, Oxfam a publié un rapport intitulé "Un retard dangereux : Le coût d’une réponse tardive à des alertes précoces lors de la sécheresse de 2011 dans la Corne de l’Afrique" qui dénonce la lenteur de la communauté internationale à apporter une réponse d’ampleur à cette crise. Alors que des signes annonciateurs d’une crise étaient visibles dès août 2010, aucune réponse d’ampleur n’a été déclenchée avant juillet 2011. Avec pour conséquences, des milliers de morts qui auraient pu être évitées et une réponse d’urgence, au coût financier bien plus élevé qu’une réaction plus en amont.

Prévenir les crises : penser sur le long terme

Cette crise n’était pas inévitable : Oxfam se bat pour changer les règles du jeu mondial, assurer la sécurité alimentaire de tous et soutenir l’adaptation aux conséquences du changement climatique.
Cette crise, qui a mis en lumière les défaillances du système alimentaire mondial, démontre à quel point il est primordial de s’attaquer aux causes structurelles de la vulnérabilité alimentaire dans le monde.
C’est-à-dire investir dans l’agriculture paysanne (élevage et agriculture), protéger les droits d’accès à la terre et aux autres ressources naturelles et apporter le soutien nécessaire pour faire face au changement climatique, à la hausse des prix et aux autres chocs qui les affectent. Les communautés doivent avoir leur mot à dire dans les décisions qui les concernent et les plus vulnérables doivent être mieux soutenus. Ce n’est pas un hasard si les personnes les plus affectées par la crise sont celles qui ont été le plus négligées jusqu’à aujourd’hui.

Oxfam appelle à une transformation de la manière dont nous cultivons et partageons la nourriture afin que chacun et chacune ait suffisamment à manger. Dans un monde où nous disposons de suffisamment de nourriture pour tous, rien ne justifie que quiconque souffre de la faim. Nous devons changer la façon dont nous cultivons et partageons la nourriture car c’est là que réside le problème.