Agricultures paysannes et investissements agricoles

Photo : Rachel Corner / Oxfam

Pour Oxfam, le modèle agricole basé sur l’agriculture paysanne doit être soutenu en priorité, parce qu’il est le mieux à même de nourrir les générations actuelles et à venir.

  • D’abord, parce que 80% des personnes souffrant de la faim vivraient dans des zones rurales, où la plupart sont des petits producteurs : paysans, éleveurs, pêcheurs…. Soutenir les agricultures paysannes revient donc à soutenir en priorité ceux dont le droit à l’alimentation est bafoué.
  • Ensuite, parce que les agricultures paysannes, contrairement aux agricultures industrielles, ont un formidable potentiel d’augmentation de leurs rendements.
  • Enfin, parce que les agricultures familiales fonctionnent avec peu ou pas d’intrants chimiques, et majoritairement sur la base de la plusieurs cultures et l’élevage. Elles sont donc plus résilientes au changement climatique, permettent de préserver la biodiversité, et engendrent considérablement moins d’émissions de gaz à effet de serre que la production industrielle à grande échelle.

Investir dans l’agriculture des pays en développement

En 1983, la part de l’agriculture dans l’aide aux pays en développement (APD) s’élevait à 20,4%. En 2006, elle avait chuté  à 3,7%. Pendant cette même période, les gouvernements des pays riches ont subventionné leurs propres secteurs agricoles à hauteur de plus de 250 milliards de dollars par an (soit 79 fois l’aide à l’agriculture pour les pays en développement), sapant tout espoir de compétitivité pour les paysans des pays pauvres. Face à ces contradictions, de nombreux États des pays en développement ont choisi de ne pas investir dans l’agriculture, creusant ainsi un peu plus le fossé.

Au lendemain de la crise des prix alimentaires de 2008, lors du sommet du G8 en Italie, les pays riches ont annoncé la mise en place de l’initiative de sécurité alimentaire de L’Aquila : 20 milliards de dollars sur trois ans, pour les pays en développement. Une promesse insuffisante au regard des enjeux,qui n’a même pas été tenue : Au terme de la période d’engagement de l’Aquila, la France s’est félicitée d’avoir engagé 99% des fonds promis, mais n’en avait en réalité déboursé que 51%.

La sécurité alimentaire du monde confiée à des groupes privés ?

Au sommet du G8 de 2012, les Etats se sont désengagés de leurs responsabilités, et ont insisté sur le rôle essentiel que devait jouer le secteur privé dans l’investissement agricole. Ils ont mis en place une « Nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle mondiale » regroupant les Etats du G8, six pays africains et de grandes entreprises privées, comme Monsanto, Syngenta, Cargill, etc, plus connues pour leurs attaques du droit à l’alimentation que pour leurs actions en faveur de la sécurité alimentaire mondiale. En 2013, cette initiative a été élargie à de nouveaux pays, et le modèle de partenariats publics-privés qu’il véhicule est devenu la norme.

Cela est extrêmement dangereux, dans la mesure aucun investissement privé ne pourra faire le travail d’une véritable politique agricole, encore moins quand derrière le terme d’investissement agricole se cache des processus de prédation et de destruction des agricultures paysannes du Sud, comme souvent dans le cas des accaparements de terres.

Une autre initiative internationale, portée par le Comité pour la Sécurité Alimentaire Mondiale (CSA), seule organisation des Nations unies où la société civile est représentée, vise à définir des principes d’investissements agricoles responsables, autrement dit qui respectent l’environnement et les droits humains fondamentaux. Ces principes, élaborés collectivement par les Etats, la société civile, le secteur privé et la recherche, devraient être adoptée en octobre 2014.

Oxfam France plaide pour que :

  • La France augmente la part de l’APD consacré au secteur agricole, et appuie  le renforcement des agricultures paysannes.
  • La France favorise un soutien public aux agricultures paysannes, et souligne les dangers de la promotion d’un investissement privé massif et incontrôlé dans le secteur agricole.
  • La France pousse ses partenaires du G8 à mettre un terme à la Nouvelle Alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition, ou à en redéfinir de manière radicale les objectifs et les modalités de mise en œuvre.
  • La France promeuve, dans le cadre de l’élaboration des principes d’investissements agricoles responsables du CSA, l’encadrement strict des activités du secteur privé dans l’agriculture, le renforcement des droits des paysans sur leurs terres et leurs ressources naturelles, et un soutien fort aux agricultures paysannes.