Agrocarburants

Fruit de palmier à huile, Indonésie
Tom Greenwood / Oxfam

Les agrocarburants (aussi appelés, de manière quelque peu trompeuse pour le grand public, "biocarburants") sont des carburants produits à partir de matières premières agricoles.
Il s’agit soit d’agrodiesels issus d’oléagineux (palme, soja, tournesol, colza, jatropha...) soit d’éthanols à base de céréales (maïs, blé...), de betterave ou de canne de sucre. Les premiers sont incorporés dans le diesel tandis que les seconds sont mélangés à l’essence.

Depuis 2009, l’Union européenne a fixé un objectif contraignant à l’ensemble de ses Etats membres : d’ici à 2020, 20% de l’énergie consommée en Europe devra provenir de sources renouvelables. Oxfam soutient cet objectif ambitieux qui permet de lutter contre le changement climatique.
Dans le secteur des transports, 10% de l’énergie doit provenir de sources renouvelable d’ici à 2020. Mais dans les faits, cela se traduit à 90% par l’incorporation d’agrocarburants dans les carburants traditionnels, et c’est là que la politique européenne de "promotion des énergies renouvelables" pose problème.

En plus d’être nocif sur le plan environnemental, le soutien aux agrocarburants a un impact extrêmement négatif sur le droit à l’alimentation.

Impact sur les prix des matières premières

Les politiques de soutien aux agrocarburants créent de toute pièce une demande supplémentaire en matières premières agricoles, ce qui maintient les prix à un niveau artificiellement élevé. Par ailleurs, les prix des agrocarburants ont tendance à s’aligner sur ceux, volatils, du pétrole, provoquant  par ricochet une grande volatilité des prix des matières premières agricoles.

Le FMI et la Banque mondiale eux-mêmes estiment que les politiques de soutien aux agrocarburants sont responsables à hauteur de 30% à 75% de la hausse des prix alimentaires.

Augmentation des accaparements de terre

Selon le Programme des Nations unies pour l’Environnement (PNUE), les superficies consacrées aux agrocarburants ont presque triplé entre 2004 et 2008, passant de 13,8 à 35,7 millions d’hectares. Les conséquences sur les populations locales sont dramatiques puisqu’une partie d’entre elles sont expulsées pour laisser place à ces productions lucratives. D’après l’International Land Coalition, les politiques de soutien aux agrocarburants constituent le principal moteur de l’accaparement de terres : environ 60% des terres accaparées dans le monde entre 2000 et 2010 serviraient à produire des agrocarburants.

En juin 2011, un rapport commandé par le G20 et coordonné par la FAO et l’OCDE, recommande purement et simplement de supprimer toutes les subventions en faveur des agrocarburants, ainsi que les objectifs contraignants de production et de consommation. Pourtant, les Etats européens et nord-américains restent sourds et continuent à subventionner massivement les producteurs d’agrocarburants, et à imposer des quotas d’incorporation dans les carburants traditionnels.

Oxfam France se bat pour que :

  • L’Union européenne renonce aux quotas actuels d’incorporations de 10% d’énergies renouvelables dans les transports d’ici à 2020 et n’en définisse pas de nouveaux pour l’horizon 2030.
  • La France mette fin aux politiques fiscales de soutien aux filières de production d’agrocarburants.
  • La France d’une part, et l’Union européenne d’autre part, acceptent, reconnaissent et prennent en compte l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre liées à la production massive d’agrocarburants, et en particulier les émissions liées au changement d’affectation des sols indirects (c’est-à-dire le fait que les cultures destinées aux agrocarburants déplacent d’autres cultures, vivrières par exemple, qui elles-mêmes prennent la place de forêts notamment).