Sortir de l’impasse à Gaza

Abri de fortune dans Gaza détruite
Janvier 2015. Suleiman vit avec sa famille dans l'abri de fortune qu'il a construit avec les débris de sa maison, détruite 6 mois auparavant par un bombardement. "Je ne sais plus si je dois garder espoir ou non." Photo : Anas al Baba / Oxfam

Tracer une nouvelle voie

16/04/2015

En 2014, face aux dégâts et au degré de souffrance sans précédent à Gaza, les bailleurs de fonds du monde entier se sont engagés à verser 3,5 milliards de dollars ainsi qu’à changer leur approche. Six mois plus tard, seulement 26,8 % des financements promis ont été débloqués.

La reconstruction et la réhabilitation ont à peine débuté : pas une seule des 19 000 habitations détruites n’a été reconstruite. Nombre des projets de reconstruction n’ont pas encore commencé en raison des restrictions à l’entrée de matériaux essentiels imposées par le blocus. La majeure partie des 81 dispensaires et hôpitaux qui ont été endommagés n’ont pas encore reçu les fonds nécessaires à leur reconstruction, et les rares qui disposent des financements n’ont pas les matériaux.

La situation s’est dégradée pour une grande partie de la population : 100 000 personnes n’ont toujours pas de toit, et beaucoup vivent dans des campements de fortune ou des établissements scolaires. Aucune partie n’a été tenue responsable des violations du droit international, et Gaza demeure isolée de la Cisjordanie. Depuis le cessez-le-feu temporaire, les violences à l’encontre des civils ont continué : plus de 400 attaques israéliennes contre Gaza ont été dénombrées, ainsi que quatre tirs de roquettes de Gaza sur Israël.

Dans ce rapport, 46 organisations humanitaires s'alarment de la situation et préviennent qu'il faut s’attendre à un nouveau conflit, accompagné de l’inévitable cycle de destruction et de reconstruction à coups de financements internationaux, tant que la communauté internationale ne changera pas d’approche pour s’attaquer aux causes profondes du conflit. Les donateurs doivent exiger un cessez-le-feu permanent, la sanction des violations du droit international quel qu’en soit l’auteur et la fin du blocus israélien, qui enferme 1,8 million de Palestiniennes et Palestiniens dans la bande de Gaza et les isole de la Cisjordanie. Le rapport établit qu’au lieu de remettre en cause ce blocus, la plupart des donateurs s’en accommodent.

Le rapport appelle toutes les parties à reprendre sans délai les négociations pour un cessez-le-feu durable. Il exhorte Israël à mettre fin à son blocus et à sa politique de séparation de la bande de Gaza et de la Cisjordanie, mais aussi les responsables politiques palestiniens à se réconcilier et à donner la priorité à la reconstruction. Il engage en outre l’Égypte à ouvrir sa frontière à l’aide humanitaire.

Recommandations

Le rapport adresse des recommandations précises à la communauté internationale afin de briser la spirale de conflits et de destructions, notamment :

  • Accélérer la reconstruction en honorant les promesses faites et en exigeant l’entrée de matériaux essentiels conformément au droit international.
  • Amener toutes les parties à répondre de leurs violations du droit international, notamment en faisant valoir les obligations au titre du Traité sur le commerce des armes lorsque l’on sait que les armes sont utilisées contre la population civile et en demandant réparation pour la destruction de projets humanitaires.
  • Mettre fin au blocus et restaurer l’économie gazaouie en ruine. Le blocus a réduit Gaza à dépendre de l’aide humanitaire, 80 % de la population recevant une aide internationale et 63 % des jeunes étant sans emploi. Les exportations de Gaza représentent moins de 2 % de leur volume d’avant le blocus, avec une circulation pratiquement inexistante des personnes et des marchandises entre la bande de Gaza et la Cisjordanie.
  • Soutenir la mise en place d’un gouvernement palestinien d’unité. La direction palestinienne de la reconstruction a parfois manqué d’allant et de coordination, mais elle est particulièrement compliquée par les mesures israéliennes de restriction des déplacements des fonctionnaires. La séparation entre Gaza et la Cisjordanie a accentué le clivage déjà problématique entre le Fatah et le Hamas, avec de graves répercussions sur l’acheminement de l’aide et l’offre de services dans la bande de Gaza.

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